Les Intimes 2026 – Le Lavoir
lecture… Apéritif dînatoire
La folle allure
Christian Bobin
Elle est éternelle, ma mère. Je sais bien que la mort entrera un jour dans son corps et que l’âme en sortira pour ne pas manquer d’air, pour continuer de battre la campagne ailleurs, autrement. Je sais bien. Mais en attendant ce jour qui n’est surtout pas à attendre, je prends un plaisir fou à entende sa voix, l’entendre pour l’écouter, les mots n’ont pas si grande importance, qu’avons-nous à nous dire dans la vie, sinon bonjour, bonsoir, je t’aime et je suis là encore, pour un peu de temps vivante sur la même terre que toi. Que ma mère me fasse part de ses idées sur la mariage ou qu’elle me détaille la recette du lapin aux groseilles, c’est pareil.Les paroles changent, la voix demeure, la voix qui fait son travail essentiel, qui salue, qui répète, qui insiste: je suis là et donc tu es là aussi, vivante comme moi – pourquoi inventer plus, c’est suffisant comme échange.
Avec
Örs Kisfaludy, récitant


